mardi, 05 août 2008

Beau l'héros*

Paris Quartier d'Eté a proposé trois programmes de danse complémentaires et très différents cette année, au Palais Royal. La danse très classique et finalement assez démodée de Béjart, la danse esthétique et fluide de Trisha Brown, et Boris Charmatz, entre danse violente, revendications sociales et humour.

Et aussi pour finir, le Boléro chorégraphié par Odile Duboc et dansé samedi soir par Emmanuelle Huynh et Boris Charmatz. Il est rare de voir autant de gens pleurer dans une salle. L'une des plus belles versions qui soient, Sergiu Celibidache à Milan, étirant le temps de Ravel pour en révéler les splendeurs d'orchestration***, et en perdre le caractère motorique et trop facilement chorégraphique. Et les deux danseurs, glissant sans cesse l'un sur l'autre, l'un avec l'autre, l'un contre l'autre, spectacle fascinant qu'on regarde bouche bée.

* Qu'il me soit permis cette faute de français, juste pour un jeu de mot**.
** Parfois je me demande si je ne vendrais pas père et mère pour en réaliser un.
*** La version enregistrée en live, évidemment, à Munich, est plus parfaite d'un point de vue instrumental, et plus lente encore - la lenteur étant une gageure pour un orchestre, ses différents pupitres et solistes étant exposés en permanence.

samedi, 02 août 2008

Trisha Tuileries

Lundi dernier, le Louvre et le Festival Paris Quartier d'Eté proposaient une déambulation dans le jardin des Tuileries, à travers quelques chorégraphies de Trisha Brown, Early works.

C'est une sorte de lexique de son travail, un abécédaire, quelques danses légères et élégantes, d'une finesse incroyable, qui s'inscrit naturellement dans le paysage avant de disparaître, jouant avec le lieu, sur les pelouses, sur l'eau du grand bassin, entre les volutes de Richard Serra (à voir en fin de journée, le soleil se couchant derrière les Champs Elysées).

Au cours d'une danse qui ressemble plus à une performance, les danseurs équipés de longs bâtons de bois, tentent, en les mettant bout à bout, de garder une ligne horizontale partant d'un arbre, à quelques centimètres du sol. Ils sont allongés sous les bâtons, puis vont tenter de se relever, de passer au dessus, dans une chorégraphie presqu'absente, dont le seul but est de garder la ligne formée, mais qui pourtant à chaque fois se défait, vertige obsessionnel et laborieux. Une expérience de land art, en fait, entre humour et poésie.

Entre humour et poésie, aussi, spanish song, les danseuses alignées sont progressivement gagnées par le rythme. C'est tout simple, tout bête presque, mais c'est jubilatoire (ici au Domaine de Chamarande, trois minutes vingt-trois de sourire).